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Évaluer gratuitementUne période de chômage indemnisé de 18 mois ne fait pas disparaître vos droits à la retraite complémentaire. Pour chaque jour indemnisé par France Travail, le régime AGIRC-ARRCO continue de vous attribuer des points gratuits, sans que vous versiez la moindre cotisation supplémentaire. Un cadre indemnisé sur la base d’un salaire journalier de référence de 120 € peut ainsi engranger plus de 150 points sur une seule année de chômage.
Mais le tableau n’est pas uniforme. Le chômage non indemnisé, les délais de carence ou un statut d’indépendant créent des trous dans vos droits, et l’impact réel se loge souvent là où on ne l’attend pas : sur la retraite de base, pas sur la complémentaire. Cet article s’adresse aux salariés du privé, aux cadres et aux dirigeants en fin de carrière qui veulent comprendre exactement ce qui se joue. Vous y verrez quelles périodes ouvrent des droits, comment vos points sont calculés, où se situe la vraie perte, et comment vérifier que votre relevé est juste.
Retraite de base et retraite complémentaire : deux logiques, deux impacts
En France, votre future pension se construit sur deux étages qui ne réagissent pas de la même façon au chômage. La retraite de base, gérée par l’Assurance retraite (CNAV), fonctionne en trimestres et verse un pourcentage de la moyenne de vos 25 meilleures années de salaire. La retraite complémentaire, elle, fonctionne en points.
L’AGIRC-ARRCO (Association générale des institutions de retraite des cadres – Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) est le régime unique de la retraite complémentaire des salariés du privé depuis la fusion du 1er janvier 2019. Chaque cotisation versée pendant votre activité achète des points de retraite, convertis en pension le jour de votre départ. Cette pension complémentaire représente souvent 30 à 50 % du revenu total d’un retraité du privé, et bien davantage pour un cadre. Comprendre l’impact du chômage suppose donc de regarder ces deux régimes séparément, car les règles d’acquisition des droits y sont très différentes.
Chômage indemnisé : comment vous continuez à cumuler des points AGIRC-ARRCO
La bonne nouvelle tient en une phrase : tant que vous êtes indemnisé, vous continuez à acquérir des points de retraite complémentaire, presque comme si vous étiez en activité.
Le mécanisme de solidarité et les points gratuits
Le régime AGIRC-ARRCO prévoit un mécanisme de solidarité qui attribue des points sans contrepartie de cotisations réelles pendant certaines interruptions de carrière : le chômage indemnisé, mais aussi l’arrêt maladie de plus de 60 jours, la maternité ou l’invalidité. Concrètement, une participation de 3 % du salaire journalier de référence est prélevée sur votre allocation, mais c’est un montant calculé par l’Unédic qui sert de base à vos points, et non cette cotisation réduite. Résultat : vous obtenez à peu près le même nombre de points que pendant la période d’activité qui précède. Ces points sont appelés points gratuits, par opposition aux points cotisés issus de vos salaires.
Les allocations qui ouvrent des droits : ARE, ASP, ASS
Toutes les situations de chômage n’ouvrent pas les mêmes droits. Pour acquérir des points pendant les périodes de chômage, deux conditions doivent être réunies simultanément : avoir cotisé à une caisse de retraite complémentaire avant la rupture de votre contrat, et être indemnisé par France Travail au titre de l’une des allocations reconnues par le régime.
Les allocations chômage qui donnent droit à des points AGIRC-ARRCO sont les suivantes :
- l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), l’indemnité versée à la majorité des demandeurs d’emploi ;
- l’allocation de sécurisation professionnelle (ASP), versée après un licenciement économique dans le cadre d’un contrat de sécurisation professionnelle ;
- l’allocation de solidarité spécifique (ASS), versée en fin de droits à l’ARE sous conditions de ressources ;
- l’indemnisation au titre des congés de conversion.
Attention à un point : avec l’ARE et l’ASP, le taux d’acquisition est plein. Avec l’allocation de solidarité spécifique (ASS), qui relève du régime de solidarité, le taux est réduit à 4 %, ce qui réduit sensiblement le nombre de points obtenus à salaire de référence égal.
Comment sont calculés vos points pendant le chômage
Le salaire journalier de référence (SJR), la pièce maîtresse
Le salaire journalier de référence (SJR) est le salaire fictif que France Travail reconstitue à partir de vos rémunérations passées. Il est calculé en divisant les salaires bruts perçus sur les 24 derniers mois (ou 36 mois si vous avez 53 ans ou plus) par le nombre de jours de la période. C’est ce même SJR qui sert à fixer le montant de votre allocation et, ensuite, à calculer vos points de retraite complémentaire. Vous n’avez pas à le calculer vous-même : il figure sur l’attestation que France Travail transmet à votre caisse de retraite.
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La formule et un exemple chiffré
Le calcul des points repose sur une assiette fictive et une formule simple :
- Assiette fictive = salaire journalier de référence × nombre de jours indemnisés dans l’année ;
- Nombre de points = assiette fictive × taux de cotisation ÷ valeur d’achat du point.
Le taux de cotisation est de 6,20 % sur la tranche 1 (la part de salaire sous le plafond de la Sécurité sociale) et de 17 % sur la tranche 2 (au-delà). La valeur d’achat du point AGIRC-ARRCO s’établit à 20,1877 € en 2026.
📊 Prenons un cas concret. Vous avez été indemnisé 240 jours dans l’année avec un SJR de 90 €. L’assiette fictive est de 240 × 90 = 21 600 €. Cette somme reste sous le plafond annuel de la Sécurité sociale, donc le taux applicable est de 6,20 %. La cotisation fictive ressort à 21 600 × 6,20 % = 1 339 €, divisée par la valeur d’achat du point (20,1877 €) : la période vous rapporte environ 66 points de retraite complémentaire. Sur une carrière, chaque dizaine de points pèse réellement sur la pension finale.
Les points sont attribués pour chaque jour indemnisé, sans condition de durée minimale, et l’attribution se poursuit jusqu’à l’âge de la retraite à taux plein, soit 67 ans au maximum. Un plafond existe néanmoins : les points de chômage sont calculés sur un salaire de référence limité à 4 plafonds de la Sécurité sociale, soit 16 020 € mensuels en 2026. Au-delà, plus aucun point n’est généré.
Le vrai impact du chômage : la retraite de base, pas la complémentaire
C’est le point que la plupart des gens inversent. La retraite complémentaire est plutôt bien protégée pendant le chômage indemnisé, grâce à l’assiette fictive qui reconstitue une base de calcul proche de votre dernier salaire. La perte se concentre sur la retraite de base.
En effet, les allocations chômage ne sont jamais prises en compte dans le calcul du salaire annuel moyen (SAM), cette moyenne des 25 meilleures années qui sert de base à la pension de base. Si une année de chômage vient s’intercaler à la place d’une bonne année de salaire, le SAM retenu pour cette année-là sera nul ou très faible, et la pension de base s’en trouve mécaniquement réduite. Sur votre relevé de carrière, vous le constaterez immédiatement : aucune rémunération n’est reportée en face d’une période de chômage, car aucune cotisation de retraite de base n’est prélevée sur l’allocation.
Côté trimestres, en revanche, vous n’êtes pas pénalisé : chaque période de 50 jours de chômage indemnisé valide un trimestre, dans la limite de 4 trimestres par an. Ce sont des trimestres assimilés, accordés sans cotisation, qui comptent pour atteindre la durée d’assurance du taux plein. Ils n’ont toutefois pas tout à fait le même poids que les trimestres cotisés, notamment pour le dispositif de départ anticipé pour carrière longue, où seuls 4 trimestres de chômage peuvent être retenus. Pour bien distinguer ces catégories, consultez notre article sur les différences entre trimestres validés, cotisés, assimilés et équivalents.
Chômage non indemnisé, carence, différé : les trous dans vos droits
Hors indemnisation, la logique s’inverse pour la retraite complémentaire. Plusieurs périodes ne génèrent aucun point AGIRC-ARRCO :
- le chômage non indemnisé (droits épuisés, conditions d’ouverture non remplies, démission sans indemnisation) : aucun point complémentaire ;
- les périodes de carence appliquées avant le démarrage de l’indemnisation ;
- les périodes de différé d’indemnisation (différé congés payés, différé spécifique, délai d’attente de 7 jours) ;
- les périodes où vous relevez d’un statut indépendant (micro-entreprise notamment), qui vous font sortir du champ AGIRC-ARRCO.
Ces périodes forment des « trous blancs » sur le relevé : ni points cotisés, ni points gratuits. La retraite de base reste un peu plus généreuse. Le chômage non indemnisé peut valider des trimestres, mais de façon limitée : un an s’il fait suite à une période indemnisée, porté à cinq ans si vous avez au moins 55 ans, justifiez d’au moins 80 trimestres tous régimes et ne reprenez pas d’activité. Enfin, l’activité partielle (l’ancien « chômage partiel ») ouvre des points complémentaires uniquement au-delà de la 60e heure indemnisée dans l’année civile.
Les pièges à éviter
Plusieurs erreurs reviennent systématiquement quand on examine les droits acquis pendant une période de chômage :
- ⚠️ Les années à zéro point sur le relevé AGIRC-ARRCO. Une période indemnisée mal transmise par France Travail apparaît parfois sans aucun point. C’est l’anomalie la plus fréquente, et elle se corrige d’autant plus facilement qu’elle est détectée tôt.
- Le piège des hautes rémunérations. Les points de chômage sont toujours calculés au taux minimum obligatoire (6,20 % et 17 %). Si votre entreprise cotisait à un taux supérieur, vous perdez la différence. Couplé au plafond de 4 plafonds de la Sécurité sociale, cela pénalise nettement les cadres supérieurs.
- L’ARCE. Si vous optez pour l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise plutôt que le maintien de l’ARE, vous sortez du dispositif de chômage indemnisé : ces périodes ne valident plus de droits au titre du chômage.
- L’attestation non transmise. Vérifiez que l’attestation annuelle de France Travail porte bien la mention « transmis à la caisse de retraite ». Sans elle, c’est à vous de la transmettre.
Cas concret : un cadre qui récupère 14 mois de points oubliés
Prenons la situation, représentative, d’un responsable commercial de 59 ans ayant connu une période de chômage indemnisé de 14 mois après un licenciement économique, sur la base d’un salaire journalier de référence de 135 € (soit un dernier salaire annuel d’environ 49 000 €). En préparant son départ, il consulte son relevé AGIRC-ARRCO et constate que l’année concernée affiche zéro point, alors qu’il a bien perçu l’ARE.
L’audit du dossier montre que France Travail avait déclaré la période, mais que la caisse de retraite ne l’avait pas intégrée. Sur la base de l’assiette fictive (135 € × environ 420 jours indemnisés sur deux années civiles), la régularisation a permis de réintégrer près de 250 points de retraite complémentaire. À la valeur de service du point en vigueur (1,4386 € en 2026), cela représente de l’ordre de 360 € de pension complémentaire annuelle supplémentaire, à vie. Délai de traitement de la régularisation auprès de la caisse : un peu moins de trois mois, justificatifs à l’appui. Une vérification faite trois ans plus tôt aurait évité tout stress de dernière minute.
Vérifier et sécuriser vos points : la marche à suivre
La règle d’or est simple : ne découvrez pas vos droits le jour de votre départ. Le relevé de points AGIRC-ARRCO est consultable à tout moment sur votre espace personnel (agirc-arrco.fr) ou sur info-retraite.fr via FranceConnect. Après chaque période de chômage, contrôlez trois choses : que les années indemnisées ne sont pas à zéro point, que le nombre de points est cohérent avec la durée d’indemnisation et le salaire journalier de référence, et qu’aucune période de transition entre deux emplois ne manque. En cas d’anomalie, la régularisation se demande auprès de votre caisse, justificatifs France Travail à l’appui.
Si vous souhaitez aller plus loin, plusieurs ressources prolongent ce sujet : notre guide pour retrouver des points AGIRC-ARRCO disparus, nos explications pour lire correctement votre relevé de retraite complémentaire, le détail du décompte de la retraite AGIRC-ARRCO, et nos pistes pour optimiser votre retraite complémentaire. Vous trouverez l’ensemble de nos contenus dédiés sur le hub retraite.
📌 Le conseil Matching Value — Ne dissociez jamais l’analyse de votre retraite complémentaire de celle de votre retraite de base. Une période de chômage protège vos points AGIRC-ARRCO mais peut amputer votre pension de base via les 25 meilleures années. C’est en croisant les deux étages, relevé de points et relevé de carrière, que l’on identifie la vraie perte et les leviers de rattrapage.
Vous approchez de la retraite et vous voulez une lecture fiable de vos droits ? Commencez par récupérer votre relevé de carrière et votre relevé de points, puis faites contrôler les périodes de chômage : c’est souvent là que se cachent les points oubliés. Et si votre fin de carrière s’accompagne d’un projet de cession, anticipez le calendrier en lisant notre dossier sur la façon de vendre son entreprise avant la retraite.
FAQ — Chômage et retraite complémentaire
Le chômage fait-il baisser le montant de ma retraite ?
Pas vraiment pour la retraite complémentaire, qui reste protégée pendant le chômage indemnisé grâce à l’assiette fictive. En revanche, oui pour la retraite de base : les allocations chômage n’entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen des 25 meilleures années, ce qui peut réduire la pension de base si une bonne année de salaire est remplacée par une année de chômage.
Combien de points AGIRC-ARRCO gagne-t-on pendant le chômage ?
À peu près autant que pendant l’activité qui précède. Le calcul applique le taux de 6,20 % (tranche 1) ou 17 % (tranche 2) à une assiette fictive égale au salaire journalier de référence multiplié par le nombre de jours indemnisés, le tout divisé par la valeur d’achat du point (20,1877 € en 2026). Un SJR de 90 € sur 240 jours rapporte environ 66 points.
Le chômage non indemnisé donne-t-il droit à des points de retraite complémentaire ?
Non. Seules les périodes de chômage indemnisé ouvrent des droits à des points AGIRC-ARRCO. Le chômage non indemnisé peut, lui, valider des trimestres pour la retraite de base, mais de manière limitée dans le temps.
Les périodes de carence et de différé comptent-elles pour la retraite complémentaire ?
Non, ni les périodes de carence, ni les différés d’indemnisation ne génèrent de points de retraite complémentaire. Elles peuvent être prises en compte pour la retraite de base sous forme de trimestres assimilés, mais pas pour les points.
Faut-il faire une démarche auprès de l’AGIRC-ARRCO pendant le chômage ?
En principe non : pour le chômage total indemnisé, France Travail déclare automatiquement les périodes à votre caisse de retraite. Conservez l’attestation annuelle et vérifiez qu’elle porte la mention « transmis à la caisse de retraite ». Si cette mention manque, transmettez-la vous-même.
Comment vérifier mes points AGIRC-ARRCO après une période de chômage ?
Connectez-vous à votre espace personnel sur agirc-arrco.fr ou sur info-retraite.fr. Vérifiez que les années de chômage indemnisé ne sont pas à zéro point et que le nombre de points correspond à la durée d’indemnisation. En cas d’écart, demandez une régularisation à votre caisse avec vos justificatifs France Travail.
Le chômage en fin de carrière change-t-il quelque chose ?
Oui. France Travail peut maintenir l’indemnisation jusqu’au taux plein sous conditions, puis cesse de verser l’allocation dès que le taux plein est atteint. Pour éviter une rupture de revenus, déposez votre demande de retraite 4 à 6 mois avant la date prévue de départ.
Thomas Blanc est le fondateur de Matching Value, cabinet conseil en cession d'entreprise pour les dirigeants de PME et TPE. Basé à Lyon, il accompagne les opérations de transmission sur l'ensemble du territoire français.
Diplômé en finance (IAE Savoie Mont-Blanc), il a exercé pendant dix ans en cabinet d'expertise comptable et juridique avant de fonder Matching Value. Au cours de son parcours, il a accompagné plus de 400 dirigeants sur la gestion, la croissance et la transmission de leur entreprise, dans des secteurs aussi variés que l'industrie, les services B2B, le bâtiment, la santé et le commerce.
Son approche : croiser les méthodes financières reconnues (DCF, multiples sectoriels, approche patrimoniale) avec une analyse qualitative des facteurs qui font réellement varier le prix de cession — dépendance au dirigeant, qualité du portefeuille client, transmissibilité des contrats. L'objectif est de produire une valorisation défendable devant repreneurs, banquiers et conseils, pas un chiffre marketing.
Thomas Blanc intervient également comme formateur et auteur sur les sujets de valorisation et de transmission de PME. Il est joignable au 09 78 28 85 06 ou via son agenda de rendez-vous.
