Retraite à l’étranger : fiscalité et transfert des pensions

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Selon l’Assurance retraite, près de 1,27 million de pensionnés français perçoivent aujourd’hui leur retraite hors de France, soit environ un retraité du régime général sur dix. Derrière le rêve de soleil et d’un coût de la vie allégé se cache une mécanique fiscale précise : où sera imposée votre pension, combien la France prélèvera-t-elle avant même le virement, et comment continuer à toucher votre retraite sans interruption depuis l’étranger. Ces trois questions se règlent avant le départ, pas après. Ce guide détaille les règles applicables en 2026, les pays où la pension privée est allégée, et les démarches concrètes pour sécuriser le versement.

Résidence fiscale : la question qui décide de tout

Tout part d’une notion : la résidence fiscale. C’est elle qui détermine quel État a le droit d’imposer votre pension de retraite. Tant que vous restez résident fiscal français, vos revenus mondiaux restent imposables en France. Devenez résident fiscal d’un autre pays, et c’est en principe là-bas que vous serez imposé sur vos pensions.

Beaucoup de futurs expatriés croient qu’il suffit de passer plus de 183 jours par an hors de France pour basculer. C’est faux. L’administration applique les critères de l’article 4 B du Code général des impôts, et un seul d’entre eux suffit à vous maintenir résident français :

  • le foyer, c’est-à-dire le lieu de résidence habituelle de votre famille (conjoint, enfants mineurs) ;
  • le séjour principal (plus de 183 jours en France, ou davantage que dans tout autre pays) ;
  • l’activité professionnelle exercée en France à titre non accessoire ;
  • le centre des intérêts économiques : là où sont situés vos investissements et d’où provient l’essentiel de vos revenus.

Si deux pays vous revendiquent comme résident, la convention fiscale bilatérale tranche grâce à des règles dites de départage (foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, lieu de séjour habituel). Avec la généralisation de l’échange automatique d’informations entre administrations, conserver un appartement disponible et tous ses comptes en France tout en se déclarant non-résident est un pari risqué : c’est désormais au contribuable de prouver la réalité de son installation à l’étranger (bail longue durée, factures locales, inscription consulaire).

Avec ou sans convention fiscale : deux mondes différents

Une convention fiscale est un traité signé entre la France et un autre État pour répartir le droit d’imposer et éviter la double imposition. La France en a conclu avec plus de 130 pays. La toute première vérification à faire est donc simple : existe-t-il une convention avec votre destination ?

S’il existe une convention

Le traité indique, catégorie de pension par catégorie de pension, quel pays impose. Les conventions distinguent généralement trois familles de pensions, qui ne recoupent pas exactement le vocabulaire français :

  • les pensions publiques (régime général, régimes agricoles, retraites de la fonction publique) ;
  • les pensions dites de sécurité sociale, qui englobent les régimes complémentaires obligatoires comme l’Agirc-Arrco ;
  • les pensions privées (rentes issues de l’assurance-vie ou de l’épargne retraite).

Dans la majorité des conventions calquées sur le modèle de l’OCDE, les retraites de la fonction publique restent imposables en France (État payeur), tandis que les pensions du secteur privé sont imposées dans le pays de résidence. La taxation peut donc être attribuée au pays d’accueil (Maroc, Tunisie, Sénégal imposent l’ensemble), à la France (États-Unis, Île Maurice, Thaïlande conservent l’imposition de toutes les pensions), ou partagée selon la nature des pensions (Portugal, Espagne, Australie, Vietnam, Malaisie). Chaque convention a ses propres règles : il faut lire l’article « Pensions » du texte bilatéral concerné.

En l’absence de convention

Plus de 70 pays n’ont signé aucune convention fiscale avec la France : on y trouve de nombreux petits États insulaires, mais aussi des destinations notables. Dans ce cas, vous pouvez en principe être imposé dans les deux pays. La France permet alors souvent d’obtenir un crédit d’impôt pour atténuer la double imposition, mais le résultat reste défavorable. Avant de choisir un pays sans convention, faire chiffrer sa situation par un professionnel n’est pas un luxe : c’est ce qui sépare un projet serein d’une mauvaise surprise annuelle.

La retenue à la source spécifique aux non-résidents

Pour la fraction de pension qui reste imposable en France, le prélèvement à la source des résidents est remplacé par une retenue à la source non-résidents, appliquée directement par chaque caisse de retraite. Elle se calcule par tranches annuelles, après un abattement de 10 % sur le montant versé.

Le barème comporte trois tranches : 0 %, 12 % et 20 %. À titre indicatif pour 2026, la première tranche (autour de 0 à 16 800 € de pension annuelle) n’est pas imposée, la deuxième (jusqu’à environ 48 800 €) est taxée à 12 %, et la fraction supérieure à 20 %. Ces seuils sont revalorisés chaque année comme le barème de l’impôt sur le revenu : il faut donc vérifier les montants exacts de l’année sur impots.gouv.fr. Point essentiel souvent ignoré : la tranche à 12 % est libératoire. En dessous d’un certain niveau de revenus, l’impôt est définitivement réglé et aucune régularisation n’intervient. Au-delà, le barème progressif s’applique lors de la déclaration annuelle. Vous restez tenu de déclarer vos pensions et autres revenus de source française via le formulaire dédié aux non-résidents (2042-NR), généralement avant la date limite propre à votre zone de résidence.

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CSG, CRDS et cotisation maladie : ce qui change vraiment

C’est l’un des points les plus mal compris. Lorsque vous êtes résident fiscal à l’étranger, vos pensions de retraite ne sont plus soumises à la CSG (contribution sociale généralisée), à la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) ni à la CASA (contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie). Les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne ont confirmé cette exonération pour les retraités relevant du régime de sécurité sociale d’un autre État de l’Espace économique européen (Union européenne, Islande, Norvège, Liechtenstein), de la Suisse ou du Royaume-Uni.

En revanche, l’exonération de la CSG et de la CRDS ne signifie pas « zéro prélèvement social ». Une cotisation d’assurance maladie reste due, à un taux qui dépend de votre régime : de l’ordre de 3,2 % sur la retraite de base des salariés, 4,2 % sur la complémentaire des salariés, et jusqu’à 7,1 % sur la retraite de base des indépendants. La retraite complémentaire des non-salariés et les pensions des fonctionnaires en sont dispensées. Pour échapper à cette cotisation maladie, il faut généralement être affilié au système de santé de votre pays d’accueil dans l’EEE ou la Suisse, en présentant le document S1 à la caisse locale.

Transférer et percevoir sa pension : les démarches incontournables

Changer de pays n’efface pas vos droits, mais la régularité du versement dépend d’une discipline administrative stricte. Trois réflexes s’imposent :

  • Prévenir toutes vos caisses de retraite, de base et complémentaire. Pour le régime général, la démarche se fait auprès de la Carsat (caisse régionale) ; la retraite complémentaire des salariés relève de l’Agirc-Arrco ; les fonctionnaires peuvent demander le versement via la trésorerie de l’ambassade ou du consulat. Communiquez votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires.
  • Choisir le mode de versement : compte bancaire français conservé (le plus simple, mais frais de change à votre charge lors des dépenses locales) ou virement direct sur un compte à l’étranger. Comparez les frais bancaires et l’effet du taux de change sur votre pouvoir d’achat, surtout pour une pension hors zone euro.
  • Retourner chaque année le certificat de vie (ou attestation d’existence). Ce document, à faire valider par les autorités locales, prouve que vous êtes toujours en vie. Il se dépose en ligne via le service « Ma retraite à l’étranger » du portail Info-retraite, qui le transmet à l’ensemble de vos caisses. Le délai est court : sans retour sous environ un mois, le versement de la pension est suspendu.

Côté faisabilité, l’Union européenne, l’EEE, la Suisse et le Royaume-Uni offrent les garanties les plus solides ; ailleurs, tout dépend des conventions bilatérales de sécurité sociale, dont la liste à jour figure sur le site du Cleiss (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale). À noter : l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, l’ex-minimum vieillesse) n’est pas exportable et cesse d’être versée dès que vous quittez la France.

Les pays prisés des retraités : attention aux idées reçues

Le Portugal a longtemps incarné l’eldorado fiscal grâce à son régime des résidents non habituels (RNH), qui exonérait ou taxait très faiblement les pensions étrangères. Ce dispositif a été profondément réformé, puis fermé aux nouveaux arrivants à partir de 2024 : il ne faut plus compter sur l’ancienne exonération si vous vous installez aujourd’hui. C’est l’illustration parfaite d’un piège classique : un avantage fiscal réel à un instant T peut disparaître entre le moment où vous décidez et celui où vous partez.

D’autres destinations conservent un cadre attractif via leur convention : le Maroc applique un abattement marqué sur les pensions de source étrangère, plusieurs États imposent peu ou pas les pensions privées. Mais la fiscalité ne doit jamais être le seul critère : coût et qualité du système de soins, couverture maladie (la Caisse des Français de l’Étranger propose des formules dédiées), stabilité de la convention et accès bancaire pèsent autant que le taux d’imposition.

Le conseil Matching Value — Ne raisonnez jamais sur le seul taux d’impôt affiché par un pays. Calculez votre revenu net réellement disponible : pension après retenue à la source française, après impôt local, après cotisation maladie, après frais de change et coût d’une assurance santé adaptée. Un pays « à 10 % » peut, une fois ces postes additionnés, vous laisser moins en poche qu’une destination apparemment plus taxée mais couverte par une convention favorable.

Cas terrain : Martine, ex-cadre partie en Espagne

Martine, 64 ans, ancienne cadre dans l’industrie, perçoit une pension brute de 2 400 € par mois, soit environ 28 800 € par an (régime général + Agirc-Arrco). Elle s’installe durablement en Espagne, pays lié à la France par une convention. Résultat : ses pensions privées et complémentaires deviennent imposables en Espagne, où elle déclare sa résidence ; la France conserve une retenue à la source limitée sur la fraction concernée, en partie libératoire compte tenu de son niveau de revenu. Affiliée au système de santé espagnol via le document S1, elle est exonérée de CSG et de CRDS et n’acquitte plus la cotisation maladie française. Le délai de bascule a été d’environ trois à quatre mois : le temps de notifier la Carsat et l’Agirc-Arrco, d’obtenir son certificat de résidence et de régulariser sa première déclaration de non-résidente. Les montants sont illustratifs : chaque convention et chaque situation personnelle produit un résultat différent.

Les pièges à éviter

  • Croire que la règle des 183 jours suffit à perdre la résidence fiscale française : les critères du foyer et du centre des intérêts économiques priment.
  • Penser qu’une retenue à la source en France dispense de toute déclaration dans le pays d’accueil : plusieurs États (Espagne, Italie…) exigent la déclaration de vos pensions mondiales, sous peine de redressement.
  • Oublier le certificat de vie annuel : un simple retard suspend le versement de votre retraite.
  • Choisir un pays sans convention fiscale sans avoir chiffré le risque de double imposition.
  • Se fier à un avantage fiscal sans vérifier qu’il est toujours en vigueur à la date de votre départ, comme l’a montré la fermeture du régime portugais.

Et si la vente d’une entreprise précède le départ ?

Beaucoup de dirigeants envisagent l’expatriation à la retraite après avoir cédé leur société. L’ordre des opérations a son importance : la résidence fiscale au moment de la cession influence le traitement du produit de vente, et une expatriation mal séquencée peut coûter cher. Si vous êtes dans cette situation, mieux vaut d’abord clarifier la valeur et le calendrier de cession de votre entreprise, puis seulement organiser votre départ. Vous pouvez estimer la valeur de votre entreprise et lire notre dossier dédié pour vendre votre entreprise avant la retraite dans le bon ordre. Pour la partie strictement retraite (droits, calcul, fiscalité du départ), nos ressources spécialisées complètent ce guide, et un échange avec un expert retraite permet de sécuriser chaque étape.

Pour aller plus loin

La retraite à l’étranger se prépare avec une vision d’ensemble de vos droits. Avant de partir, vérifiez la solidité de votre dossier grâce à nos guides : comprendre le calcul de votre retraite, savoir lire votre relevé de carrière, faire le point sur votre décompte Agirc-Arrco, anticiper la pension de réversion de votre conjoint, et approfondir spécifiquement le transfert des droits à la retraite des expatriés ainsi que la fiscalité de la retraite avant et après le départ.

Questions fréquentes

Comment savoir où sera imposée ma pension de retraite à l’étranger ?

Vous serez imposé dans le pays où vous êtes considéré comme résident fiscal, selon les règles de la convention fiscale entre la France et votre pays d’accueil. Cette convention précise, pour chaque type de pension, l’État compétent. En l’absence de convention, les deux pays peuvent imposer, avec un crédit d’impôt possible en France. Vérifiez systématiquement l’article « Pensions » de la convention concernée.

Faut-il payer la CSG et la CRDS quand on est retraité non-résident ?

Non. Les pensions perçues par un résident fiscal à l’étranger ne sont pas soumises à la CSG, à la CRDS ni à la CASA. En revanche, une cotisation d’assurance maladie peut rester due (environ 3,2 % à 7,1 % selon le régime), sauf si vous êtes affilié au système de santé de votre pays de résidence dans l’EEE ou en Suisse, document S1 à l’appui.

Comment éviter la double imposition de ma pension ?

La double imposition s’évite en appliquant correctement la convention fiscale entre la France et votre pays de résidence, qui prévoit soit une exonération, soit un crédit d’impôt. Le risque réel concerne surtout les pays sans convention. Conserver les justificatifs de retenue à la source française et déclarer vos revenus dans les deux pays lorsque c’est exigé reste indispensable. Une vérification par un professionnel est vivement recommandée.

Quelles démarches pour transférer sa retraite à l’étranger ?

Prévenez toutes vos caisses (Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour la complémentaire), communiquez votre adresse et vos coordonnées bancaires, choisissez entre maintien sur un compte français ou virement à l’étranger, et retournez chaque année votre certificat de vie via le service « Ma retraite à l’étranger ». Vérifiez les conventions de sécurité sociale applicables sur le site du Cleiss.

Qu’est-ce que le certificat de vie et pourquoi est-il indispensable ?

Le certificat de vie, ou attestation d’existence, est un document que chaque retraité résidant à l’étranger doit fournir une fois par an pour prouver qu’il est toujours en vie. Il se fait valider par les autorités locales puis se dépose en ligne. Sans ce justificatif renvoyé dans le délai imparti (environ un mois), le versement de la pension est automatiquement suspendu.

Peut-on percevoir sa retraite française sur un compte bancaire étranger ?

Oui. Vous pouvez demander le virement de votre pension directement sur un compte à l’étranger, ou la conserver sur un compte français. Le choix dépend des frais bancaires, du taux de change et de la simplicité de gestion. Garder un compte français évite des frais de conversion à la réception, mais peut en générer lors de vos dépenses locales : comparez selon votre pays et votre devise.

Le Portugal exonère-t-il toujours les pensions des retraités français ?

Plus pour les nouveaux arrivants. Le régime des résidents non habituels (RNH), qui allégeait fortement l’imposition des pensions étrangères, a été réformé puis fermé aux nouvelles installations à partir de 2024. Si vous vous expatriez aujourd’hui, ne fondez pas votre projet sur cette ancienne exonération : faites vérifier le cadre fiscal en vigueur à la date réelle de votre départ.

Author Profile
thomas blanc
Expert en transmission de TPE at Matching Value | 0978288506

Thomas Blanc est le fondateur de Matching Value, cabinet conseil en cession d'entreprise pour les dirigeants de PME et TPE. Basé à Lyon, il accompagne les opérations de transmission sur l'ensemble du territoire français.

Diplômé en finance (IAE Savoie Mont-Blanc), il a exercé pendant dix ans en cabinet d'expertise comptable et juridique avant de fonder Matching Value. Au cours de son parcours, il a accompagné plus de 400 dirigeants sur la gestion, la croissance et la transmission de leur entreprise, dans des secteurs aussi variés que l'industrie, les services B2B, le bâtiment, la santé et le commerce.

Son approche : croiser les méthodes financières reconnues (DCF, multiples sectoriels, approche patrimoniale) avec une analyse qualitative des facteurs qui font réellement varier le prix de cession — dépendance au dirigeant, qualité du portefeuille client, transmissibilité des contrats. L'objectif est de produire une valorisation défendable devant repreneurs, banquiers et conseils, pas un chiffre marketing.

Thomas Blanc intervient également comme formateur et auteur sur les sujets de valorisation et de transmission de PME. Il est joignable au 09 78 28 85 06 ou via son agenda de rendez-vous.

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