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Évaluer gratuitementDepuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive s’ouvre dès 60 ans, soit deux ans plus tôt qu’auparavant. Pour un dirigeant qui sent la fin de carrière approcher sans vouloir tout arrêter du jour au lendemain, ce changement pèse lourd : il offre une sortie en douceur et, surtout, un temps précieux pour préparer la transmission de son entreprise.
La retraite progressive permet de réduire votre activité professionnelle tout en percevant une fraction de votre pension de retraite, sans renoncer à votre rôle. Cet article s’adresse aux dirigeants de PME, gérants de SARL, présidents de SAS et indépendants de 58 à 64 ans qui veulent comprendre les conditions exactes en 2026, le calcul du montant versé, et comment articuler ce dispositif avec la cession de leur société. Vous y trouverez les règles à jour, un calcul détaillé, un cas client réel et les pièges qui coûtent cher.
Qu’est-ce que la retraite progressive ?
La retraite progressive est un dispositif qui vous autorise à lever le pied en fin de carrière tout en touchant une partie de votre retraite. Voyez-le comme un sas entre la vie active et la retraite complète : au lieu d’un arrêt brutal, vous diminuez votre temps de travail (ou vos revenus si vous êtes indépendant) et l’Assurance retraite vous verse une fraction de votre pension pour compenser. Ses avantages sont doubles : un revenu mixte qui amortit la baisse, et la possibilité d’acquérir de nouveaux droits jusqu’au bout.
Concrètement, le dispositif entraîne une liquidation provisoire de vos pensions de base et complémentaire. Vos droits sont figés à titre temporaire au moment de la demande, puis le montant est recalculé lorsque vous cessez toute activité, en intégrant les trimestres et points acquis entre-temps. Car pendant toute la période de retraite progressive, vous continuez de cotiser : ces cotisations seront prises en compte dans votre retraite définitive.
Les conditions de la retraite progressive en 2026
Pour accéder au dispositif, trois conditions sont communes à tous les statuts, complétées par une exigence d’activité qui varie selon votre régime professionnel.
L’âge : 60 ans depuis septembre 2025
Un décret du 23 juillet 2025 a abaissé l’âge d’accès à 60 ans pour toutes les générations, contre deux ans avant l’âge légal auparavant. Cette règle s’applique aux retraites progressives prenant effet à compter du 1er septembre 2025. Vous pouvez ensuite rester dans le dispositif aussi longtemps que vous le souhaitez, jusqu’à votre départ définitif : un dirigeant qui démarre à 60 ans et liquide à 64 ans aura ainsi quatre années pour organiser sa sortie.
La durée d’assurance : 150 trimestres
Il faut justifier d’au moins 150 trimestres validés, tous régimes de retraite de base confondus, soit environ 37,5 années. Bonne nouvelle : ce compteur ne retient pas que les trimestres cotisés. Y entrent aussi les périodes assimilées (chômage, maladie, maternité), les trimestres rachetés et les majorations de durée d’assurance pour enfant. Avant toute demande, vérifiez ce total sur votre relevé de carrière ; en cas de doute, sachez comment sont validés vos trimestres, car une erreur fréquente fait échouer des dossiers.
L’activité réduite, selon votre statut
C’est ici que les règles divergent. Si vous êtes salarié ou dirigeant assimilé salarié (président de SAS, directeur général, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL), vous devez exercer exclusivement une activité salariée à temps partiel, entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle de travail applicable. Le mandat doit être exclusif et votre revenu de l’avant-dernière année supérieur à 40 % du SMIC annuel brut (environ 8 750 € en 2026). Vous pouvez cumuler plusieurs employeurs, mais pas une activité indépendante en parallèle. Les cadres au forfait jours doivent, eux, travailler entre 87 et 174 jours.
Si vous êtes indépendant ou gérant majoritaire de SARL (statut TNS, travailleur non salarié), le critère n’est plus le temps de travail mais le revenu : vous devez conserver entre 40 % et 80 % de vos revenus professionnels antérieurs et exercer votre activité à titre exclusif. Artisans, commerçants et autres non-salariés relèvent ici de la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Les professions libérales (médecins, avocats, etc.), éligibles depuis la réforme de 2023, relèvent de règles proches mais propres à chaque caisse (CIPAV, CARMF, CARPIMKO), qu’il faut vérifier au cas par cas.
Comment est calculé le montant de votre pension progressive ?
Le principe est simple : la fraction de retraite versée comble, en miroir, la part d’activité que vous abandonnez.
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Pour un salarié ou assimilé salarié, la formule est : 100 % moins votre quotité de travail. Par exemple, si vous passez à 60 % d’un temps plein, vous percevez 40 % de votre pension provisoire, en plus de votre salaire à temps partiel. Cette pension est calculée selon les règles habituelles (moyenne des 25 meilleures années pour le régime général, points pour la complémentaire AGIRC-ARRCO) ; si vous n’avez pas le taux plein, une décote provisoire s’applique.
Pour un indépendant ou un gérant majoritaire, la pension est proportionnelle à la baisse de revenus : une diminution de 45 % ouvre droit à 45 % de la retraite. Cette baisse s’apprécie par rapport à la moyenne de vos revenus des cinq années précédant la demande. La première année, la caisse verse forfaitairement 50 % de la pension à titre provisionnel, puis régularise chaque année, le 1er juillet, en fonction de votre niveau de revenus réels. En dessous de 20 % de baisse, aucune pension n’est due ; au-delà de 80 % de baisse, vous sortez du cadre. Attention : si la régularisation montre que vous avez trop perçu, vous devrez rembourser la différence.
📊 Point clé souvent ignoré : avec l’accord de votre interlocuteur (employeur ou caisse), vous pouvez continuer à cotiser sur la base d’un temps plein. Vous surcotisez, mais vous neutralisez l’effet de la réduction d’activité sur votre retraite complémentaire AGIRC-ARRCO et sur votre future liquidation définitive. Pour une carrière ascendante, cette option change radicalement le calcul.
Retraite progressive et transmission : le bon timing pour le dirigeant
C’est l’angle que la plupart des dirigeants négligent. La retraite progressive n’est pas seulement un confort de fin de carrière : c’est une fenêtre de un à quatre ans pour vendre dans de bonnes conditions plutôt que dans l’urgence. Or, vendre dans l’urgence, c’est presque toujours vendre en dessous du juste prix.
En réduisant votre présence à 60 ou 70 %, vous vous obligez à déléguer, à documenter les process et à faire émerger un numéro deux. Vous réduisez ainsi la dépendance de l’entreprise à votre personne, ce fameux risque « homme-clé » qui décote les valorisations. Une société qui tourne sans son dirigeant vaut mécaniquement plus cher qu’une société qui repose entièrement sur lui. Vous pouvez d’ailleurs estimer la valeur de votre entreprise en amont pour mesurer le chemin à parcourir, et anticiper la question du moment idéal pour vendre avant la retraite.
📌 Le conseil Matching Value : ne traitez pas votre retraite progressive et votre cession comme deux dossiers séparés. Caler l’entrée en retraite progressive 18 à 24 mois avant la mise sur le marché vous donne le temps de professionnaliser l’organisation, de fiabiliser les comptes et de négocier sans pression. Vous ne vendrez votre entreprise qu’une fois : ces deux années valent souvent plusieurs points de valorisation.
Cas client : une transmission préparée pendant la retraite progressive
Bernard, 61 ans, dirige une PME de menuiserie industrielle dans le Grand Est, 2,8 M€ de chiffre d’affaires et 19 salariés. Gérant majoritaire (statut TNS), il se sent fatigué mais redoute de céder à un repreneur qui démantèlerait son atelier. Plutôt qu’un arrêt sec, il opte pour la retraite progressive : il réduit sa rémunération de 45 %, passe trois jours par semaine à l’atelier et touche 45 % de sa pension en complément.
Ce temps dégagé, il l’investit dans la préparation de la cession : montée en compétence de son chef d’atelier, formalisation des contrats récurrents, mise à plat de la comptabilité analytique. Au bout de dix mois, l’entreprise ne dépend plus de sa présence quotidienne. Accompagné dans la valorisation, il met l’affaire sur le marché et signe une offre de rachat à 1,9 million d’euros, soit +22 % par rapport à la première estimation réalisée avant la réorganisation, en 14 mois. Son chef d’atelier a été conservé par le repreneur ; Bernard, lui, a basculé en retraite complète l’esprit tranquille.
Les démarches pour demander la retraite progressive
La demande n’a rien d’automatique et se prépare. Pour un salarié ou assimilé salarié, comptez les étapes suivantes : vérifier vos 150 trimestres sur votre relevé, signer un avenant au contrat de travail actant le passage à temps partiel, obtenir l’accord de votre employeur (son silence pendant 2 mois vaut acceptation), puis déposer votre demande de retraite progressive auprès de votre caisse, idéalement 5 mois avant la date souhaitée, avec vos 12 derniers bulletins de salaire et l’attestation de la durée de travail à temps complet applicable dans l’entreprise.
Pour un indépendant ou un gérant majoritaire, la mécanique diffère : la retraite progressive prend effet un 1er janvier (les revenus s’apprécient à l’année), il faut donc déposer le dossier 4 à 6 mois avant. Les pièces incluent vos avis fiscaux, les déclarations de revenus des cinq années précédentes et une déclaration sur l’honneur d’activité exclusive à temps réduit. La demande se fait en ligne sur votre espace personnel de l’Assurance retraite.
Les pièges à éviter
⚠️ Quelques erreurs reviennent systématiquement et peuvent faire capoter le dispositif ou amputer votre pension :
- Demander la retraite progressive sans avoir contrôlé son relevé de carrière : un trimestre manquant peut faire passer sous la barre des 150 et bloquer le dossier.
- Oublier que la baisse de revenus d’un indépendant doit rester entre 20 % et 80 % : une réduction trop faible n’ouvre aucun droit, une réduction trop forte vous fait sortir du cadre.
- Négliger l’option de surcotisation sur un temps plein quand la fin de carrière est ascendante : vous laissez alors filer des droits définitifs.
- Confondre retraite progressive et cumul emploi-retraite : le premier précède la liquidation définitive, le second intervient après un départ à taux plein.
- Lancer la cession de l’entreprise au même moment que la demande, sans avoir préparé l’organisation : on perd alors le principal bénéfice du dispositif, le temps.
Faut-il opter pour la retraite progressive ?
Pour un dirigeant, la retraite progressive est rarement une fin en soi : c’est un outil de transition qui prend tout son sens lorsqu’il est synchronisé avec un projet de transmission. Encore faut-il que votre relevé de carrière soit propre, que la quotité retenue serve votre stratégie et que le calendrier colle à celui de la cession.
Avant de vous lancer, faites le point sur votre situation retraite et sur le calendrier de votre sortie. Vous pouvez approfondir le sujet dans notre dossier complet sur la retraite du dirigeant, ou explorer les autres voies de départ anticipé comme la retraite anticipée pour carrière longue. L’essentiel est de décider en connaissance de cause, chiffres à l’appui, plutôt que de subir le calendrier.
FAQ : vos questions sur la retraite progressive
À quel âge peut-on bénéficier de la retraite progressive en 2026 ?
Depuis le 1er septembre 2025, l’âge d’accès est fixé à 60 ans pour toutes les générations, quelle que soit l’année de naissance. Avant cette date, le dispositif s’ouvrait deux ans avant l’âge légal de départ.
Combien de trimestres faut-il pour la retraite progressive ?
Il faut au moins 150 trimestres validés tous régimes de base confondus, soit environ 37,5 années. Sont pris en compte les trimestres cotisés, assimilés, rachetés et les majorations de durée d’assurance.
Un gérant majoritaire de SARL peut-il en bénéficier ?
Oui. En tant que travailleur non salarié, il accède au dispositif en réduisant ses revenus professionnels de 20 % à 80 %, et non son temps de travail. Sa pension est calculée proportionnellement à cette baisse de revenus.
L’employeur peut-il refuser la retraite progressive ?
Le passage à temps partiel requiert l’accord de l’employeur, mais la loi du 24 octobre 2025 l’oblige désormais à motiver tout refus par une atteinte démontrée à la continuité de l’activité. Sans réponse dans les 2 mois, la demande est réputée acceptée.
La retraite progressive réduit-elle ma pension définitive ?
Non, au contraire. Comme vous continuez de cotiser, vos droits sont recalculés à la hausse au moment de la liquidation définitive. Vous pouvez même cotiser sur la base d’un temps plein pour neutraliser totalement l’effet de la réduction d’activité.
Peut-on préparer la cession de son entreprise pendant la retraite progressive ?
C’est l’usage le plus pertinent pour un dirigeant. La réduction d’activité libère le temps nécessaire pour déléguer, réduire la dépendance « homme-clé » et organiser la transmission, ce qui soutient directement la valorisation au moment de la vente.
Quelle différence avec le cumul emploi-retraite ?
La retraite progressive intervient avant la liquidation définitive et n’exige qu’une activité réduite. Le cumul emploi-retraite, lui, suppose d’avoir déjà liquidé sa retraite (en principe à taux plein) avant de reprendre une activité. Ce sont deux dispositifs successifs, pas concurrents.
Thomas Blanc est le fondateur de Matching Value, cabinet conseil en cession d'entreprise pour les dirigeants de PME et TPE. Basé à Lyon, il accompagne les opérations de transmission sur l'ensemble du territoire français.
Diplômé en finance (IAE Savoie Mont-Blanc), il a exercé pendant dix ans en cabinet d'expertise comptable et juridique avant de fonder Matching Value. Au cours de son parcours, il a accompagné plus de 400 dirigeants sur la gestion, la croissance et la transmission de leur entreprise, dans des secteurs aussi variés que l'industrie, les services B2B, le bâtiment, la santé et le commerce.
Son approche : croiser les méthodes financières reconnues (DCF, multiples sectoriels, approche patrimoniale) avec une analyse qualitative des facteurs qui font réellement varier le prix de cession — dépendance au dirigeant, qualité du portefeuille client, transmissibilité des contrats. L'objectif est de produire une valorisation défendable devant repreneurs, banquiers et conseils, pas un chiffre marketing.
Thomas Blanc intervient également comme formateur et auteur sur les sujets de valorisation et de transmission de PME. Il est joignable au 09 78 28 85 06 ou via son agenda de rendez-vous.
