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Évaluer gratuitementCent points oubliés sur votre décompte Agirc-Arrco, c’est environ 12 € de pension complémentaire en moins chaque mois, soit près de 2 900 € évaporés sur vingt ans de retraite. Et contrairement à un trimestre manquant, qui saute aux yeux, un point absent se cache : il faut comparer ligne à ligne, année par année, employeur par employeur. La plupart des salariés du privé découvrent leurs anomalies à 62 ou 63 ans, quand il est presque trop tard pour réunir les justificatifs. Voici comment lire votre décompte Agirc-Arrco, le vérifier et faire corriger ce qui doit l’être, méthodiquement.
Qu’est-ce que le décompte de points Agirc-Arrco ?
Le décompte Agirc-Arrco, aussi appelé relevé de points ou relevé de carrière complémentaire, est le document qui récapitule, année après année et entreprise par entreprise, le nombre de points que vous avez acquis depuis votre premier emploi salarié. L’Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire de l’ensemble des salariés du secteur privé. Depuis la fusion des régimes Agirc (cadres) et Arrco (tous salariés) au 1er janvier 2019, il n’existe plus qu’un seul régime, qui fonctionne par points : vos cotisations achètent des points de retraite tout au long de la carrière, et la somme de ces points détermine votre pension complémentaire le jour du départ.
Il ne faut pas confondre ce décompte avec le relevé de la retraite de base, géré par la CNAV ou la Carsat, qui raisonne en trimestres et en salaire annuel moyen. Ce sont deux documents distincts, alimentés par des bases de données séparées : une période peut très bien figurer sur l’un et manquer sur l’autre. Vérifier le relevé consolidé de l’Assurance retraite ne suffit donc pas ; le décompte Agirc-Arrco doit être contrôlé pour lui-même. Pour la mécanique du régime de base, voyez notre guide sur le décompte retraite CNAV ; pour la lecture générale du parcours, le relevé de carrière, comment le récupérer et le lire.
L’enjeu n’est pas marginal. Selon l’Agirc-Arrco, la retraite complémentaire représente en moyenne près de 30 % de la pension totale d’un salarié non-cadre, et jusqu’à 55 à 60 % de celle d’un cadre. Autrement dit, pour un ancien cadre, plus de la moitié des revenus de la retraite se joue sur ce décompte. Une erreur de points y pèse donc bien plus lourd qu’on ne l’imagine.
Comment accéder à votre décompte Agirc-Arrco en ligne ?
L’accès est gratuit et disponible à tout moment, sans attendre l’approche du départ. Deux portails affichent les mêmes informations.
Via votre espace personnel Agirc-Arrco
Rendez-vous sur le site officiel agirc-arrco.fr, cliquez sur « Mon espace personnel », puis connectez-vous avec FranceConnect (en passant par impots.gouv.fr, l’Assurance Maladie, etc.) ou avec vos identifiants Agirc-Arrco. Dans la rubrique « Consulter mon relevé de carrière », vous visualisez l’ensemble de vos points acquis chaque année, employeur par employeur, et vous pouvez télécharger le décompte au format PDF. La valeur annuelle du point y figure également.
Via le compte retraite info-retraite.fr
Votre compte de points est aussi visible dans le relevé d’information individuelle, accessible depuis « Mon compte retraite » sur info-retraite.fr, le portail qui regroupe tous vos régimes obligatoires de base et complémentaires. C’est l’endroit le plus pratique pour comparer en un coup d’œil ce que disent l’Assurance retraite et l’Agirc-Arrco sur une même année. Pensez à télécharger une copie PDF : elle vous servira de référence d’une vérification à l’autre.
Comment lire et décrypter votre décompte ligne par ligne ?
Un décompte Agirc-Arrco se lit comme un tableau chronologique. Chaque ligne correspond à une année et à un employeur, avec le nombre de points acquis. Trois contrôles s’imposent.
D’abord, vérifiez que toutes vos périodes d’activité salariée apparaissent, avec les bonnes dates de début et de fin. Chaque entreprise dans laquelle vous avez travaillé doit figurer sur le relevé. Une période oubliée, c’est des points perdus.
Ensuite, confrontez les points attribués à vos revenus réels. Le nombre de points dépend directement du montant des cotisations prélevées sur votre salaire brut : plus la rémunération est élevée, plus vous cotisez et plus vous accumulez de points. Vos bulletins de salaire mentionnent d’ailleurs le nombre de points acquis dans l’année : gardez-les, ce sont vos pièces à conviction.
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Enfin, surveillez les variations d’une année sur l’autre. Une légère baisse peut être normale (le prix d’achat du point augmente, ce qui réduit mécaniquement le nombre de points pour un même salaire). En revanche, une chute brutale sans changement de situation, ou une année à zéro point alors que vous étiez en activité, doit déclencher une vérification : chaque point de retraite manquant réduit le versement de votre future pension, et les erreurs de déclaration sont plus fréquentes qu’on ne le croit sur une vie professionnelle entière. Pour comprendre les subtilités de présentation, notre article dédié au relevé de retraite complémentaire détaille chaque colonne.
Comment les points Agirc-Arrco sont-ils calculés ?
Comprendre le calcul vous permet de recalculer vous-même une année douteuse. La formule est la suivante : nombre de points = (assiette de cotisation × taux de calcul des points) ÷ prix d’achat du point.
L’assiette correspond à votre salaire brut soumis à cotisations, découpé en deux tranches selon le plafond annuel de la Sécurité sociale (le PASS, fixé à 48 060 € en 2026, soit 4 005 € par mois). La tranche 1 couvre la part de salaire jusqu’à un PASS ; la tranche 2, la part comprise entre un et huit PASS. Le taux de calcul des points (dit taux contractuel) est de 6,2 % sur la tranche 1 et de 17 % sur la tranche 2. Le prix d’achat du point, ou salaire de référence, s’élève à 20,1877 € en 2026, inchangé depuis 2024.
Attention à un point qui surprend beaucoup d’assurés : le taux réellement prélevé sur votre fiche de paie (le taux d’appel, à 127 %) est supérieur au taux qui génère des points. La différence, via les contributions CEG et CET, finance l’équilibre du régime mais ne crée aucun point. C’est normal, et ce n’est pas une erreur.
Exemple chiffré. Pour un salaire brut de 40 000 € en 2025, entièrement en tranche 1 : la cotisation génératrice de points vaut 40 000 × 6,2 % = 2 480 €. Le nombre de points acquis est donc de 2 480 ÷ 20,1877 ≈ 123 points pour l’année. Si votre décompte affiche nettement moins sur une année comparable, l’écart mérite enquête.
Comment estimer le montant de votre future pension ?
Une fois vos points vérifiés, l’estimation est immédiate : pension annuelle brute = total des points × valeur de service du point. Cette valeur de service est fixée à 1,4386 € en 2026 (inchangée depuis novembre 2025, le régime étant gelé jusqu’à l’automne). Concrètement, 5 000 points donnent 5 000 × 1,4386 = 7 193 € bruts par an ; 9 000 points, environ 12 950 € par an. Cette pension complémentaire s’ajoute à votre retraite de base.
Deux ajustements peuvent intervenir. Une minoration (décote) s’applique si vous liquidez sans réunir les conditions du taux plein ; à l’inverse, des majorations sont possibles selon votre situation familiale, notamment pour les parents de trois enfants et plus, comme l’explique notre article sur la majoration de retraite pour enfants. Pour aller plus loin sur les leviers d’amélioration, consultez notre dossier optimiser sa retraite complémentaire.
Pourquoi votre nombre de points peut-il baisser ou manquer ?
Les points sont enregistrés à partir des déclarations transmises par vos employeurs et les organismes sociaux. Toute rupture dans cette chaîne laisse une trace sur le décompte. Voici les causes les plus fréquentes, à connaître avant de crier à l’erreur comme avant de la laisser passer.
- Un employeur non déclarant ou défaillant. Si une entreprise a omis de déclarer, a déclaré un salaire erroné ou n’a pas versé les cotisations (cas classique d’une PME aujourd’hui disparue), les points ne sont jamais créés. C’est la première cause de points manquants.
- Une erreur dans la DSN. Depuis 2017, les salaires transitent par la déclaration sociale nominative. Un champ mal renseigné, un changement de logiciel de paie ou une restructuration peuvent fausser une année sans que vous en soyez informé.
- Les séquelles de la fusion de 2019. La bascule des données Agirc et Arrco a parfois mal repris les emplois courts, l’intérim ou les périodes anciennes. Une incohérence sur une année antérieure à 2019 mérite une vérification prioritaire.
- Des périodes assimilées non reportées. Les arrêts maladie indemnisés, le chômage indemnisé, la maternité ou l’invalidité donnent droit à des points de solidarité, sans cotisation, dès lors qu’ils interrompent l’activité plus de 60 jours. Si la CPAM ou France Travail n’a pas transmis l’information, l’année reste à zéro point à tort.
- Un simple décalage de traitement. Les points d’une année N ne sont intégrés qu’au cours de l’année N+1, après traitement des déclarations annuelles. Une année récente absente n’est pas forcément une erreur : revérifiez après le second semestre suivant.
⚠️ Le piège classique : conclure trop vite à une fraude ou, au contraire, ignorer une baisse en se disant « c’est sûrement normal ». La bonne méthode consiste à recalculer l’année suspecte avec la formule ci-dessus et vos bulletins de salaire, puis à signaler tout écart significatif. Pour les cas de points qui ont carrément disparu du relevé, suivez notre marche à suivre dédiée : que faire si mes points Agirc-Arrco ont disparu.
Que faire en cas d’erreur ou de points manquants ?
La démarche de correction Agirc-Arrco est distincte de celle du régime de base. Elle suit quatre étapes.
- Identifier la caisse gestionnaire. Plusieurs institutions gèrent l’Agirc-Arrco selon les secteurs (AG2R La Mondiale, Malakoff Humanis, Klesia, Pro BTP, Apicil…). Ses coordonnées figurent en bas de votre décompte ; c’est à elle, et pas à une autre, qu’il faut écrire.
- Rassembler les bons justificatifs. Pour une période salariée, seul le bulletin de salaire mentionnant les cotisations Agirc-Arrco fait foi ; un contrat ou un certificat de travail ne suffit pas. Pour une période assimilée, joignez les attestations d’indemnités journalières de la CPAM ou les attestations France Travail. Les déclarations sur l’honneur ne sont pas acceptées.
- Déposer la demande. À partir de 55 ans, le service « Corriger ma carrière » sur info-retraite.fr est ouvert. Avant 55 ans, écrivez directement à votre caisse de retraite, de préférence en recommandé, en précisant l’employeur, l’année concernée et la nature de l’anomalie.
- Activer les recours si besoin. En cas de refus ou de silence, le médiateur Agirc-Arrco peut être saisi gratuitement. Surtout, gardez en tête le délai de prescription de cinq ans après la liquidation : au-delà, les points perdus ne se récupèrent plus. D’où l’intérêt d’agir tôt.
Cas concret. Sylvie, 58 ans, ancienne cadre dans la distribution, fait contrôler son décompte deux ans avant son départ prévu. Surprise : une mission d’intérim de 1994 est absente, un employeur placé en liquidation en 2002 n’a jamais déclaré ses points, et l’année 2003 affiche une chute inexpliquée. Bulletins de salaire à l’appui, elle saisit Malakoff Humanis via info-retraite. Résultat : environ 640 points régularisés, soit 640 × 1,4386 ≈ 920 € de pension complémentaire en plus par an (près de 77 € par mois, à vie), pour un dossier traité en un peu plus de quatre mois. Sans cette vérification anticipée, ces points auraient été perdus définitivement après la liquidation.
Le conseil Matching Value : ne vous contentez pas du total de points affiché en haut du décompte. Reprenez chaque année une à une, surlignez les lignes à zéro point et les baisses sans cause, et confrontez-les à vos bulletins de salaire. Dix minutes de lecture attentive révèlent en général les anomalies que des années de cotisations avaient masquées.
Quand vérifier votre décompte Agirc-Arrco ?
La vérification ne doit pas être un réflexe de dernière minute. Trois moments comptent. À chaque changement de situation d’abord (changement d’employeur, passage à temps partiel, congé maternité ou parental, arrêt maladie prolongé, période de chômage, expatriation), car ce sont les ruptures qui génèrent les oublis. À partir de 55 ans ensuite : c’est l’âge où le service de correction s’ouvre et où il est encore temps de retrouver d’anciens bulletins ou de recontacter d’anciens employeurs. Enfin, 12 à 24 mois avant la date prévue de départ, faites un contrôle complet de toute la carrière : ce délai laisse aux caisses le temps d’intégrer les corrections sans retarder votre liquidation. Si votre parcours mêle public et privé, notre guide sur le calcul de la retraite en carrière mixte complète utilement cette lecture.
Besoin d’un regard expert sur votre décompte ?
Lire un décompte Agirc-Arrco, recalculer une année et monter un dossier de régularisation demande de la méthode et un peu de patience. Si vous préférez sécuriser l’exercice, surtout à l’approche du départ, un accompagnement spécialisé permet de reconstituer la carrière, de repérer les anomalies et de gérer les échanges avec les caisses. Découvrez notre approche de l’expertise retraite et l’ensemble de nos ressources sur le hub retraite. Et si la fin de carrière s’accompagne d’un projet de cession, notre dossier vendre son entreprise avant la retraite articule les deux sujets.
FAQ — décompte retraite Agirc-Arrco
Quelle différence entre le décompte Agirc-Arrco et le relevé CNAV ?
Le décompte Agirc-Arrco concerne la retraite complémentaire des salariés du privé et s’exprime en points. Le relevé CNAV (ou Carsat) concerne la retraite de base et s’exprime en trimestres et en salaire annuel moyen. Les deux sont gérés séparément : une période présente sur l’un peut manquer sur l’autre, d’où l’intérêt de contrôler les deux.
Quelle est la valeur du point Agirc-Arrco en 2026 ?
La valeur de service du point, celle qui sert à calculer la pension, est de 1,4386 € en 2026, inchangée depuis novembre 2025. Le prix d’achat du point (pour les actifs qui cotisent) est de 20,1877 €. Pour estimer votre pension annuelle brute, multipliez votre total de points par 1,4386 €.
Pourquoi mon nombre de points a-t-il baissé une année alors que mon salaire a augmenté ?
Une baisse modérée peut venir de l’augmentation du prix d’achat du point, qui réduit le nombre de points pour un salaire donné, ou d’un changement d’employeur au taux de cotisation moins favorable. En revanche, une chute brutale sans explication, ou une année à zéro point en pleine activité, signale une anomalie à vérifier sur vos bulletins de salaire.
Les périodes de chômage ou de maladie donnent-elles des points Agirc-Arrco ?
Oui. Le chômage indemnisé, les arrêts maladie indemnisés, la maternité et l’invalidité ouvrent droit à des points de solidarité, sans cotisation, lorsqu’ils interrompent l’activité plus de 60 jours consécutifs. Ces points doivent apparaître sur votre décompte ; s’ils sont absents, une attestation de la CPAM ou de France Travail permet de les faire enregistrer.
Quels justificatifs fournir pour récupérer des points manquants ?
Pour une période salariée, le bulletin de salaire mentionnant les cotisations Agirc-Arrco est le seul document accepté. Pour une période assimilée, ce sont les attestations d’indemnités journalières (CPAM) ou les attestations de France Travail. Conservez ces pièces tout au long de votre carrière : elles sont irremplaçables au moment d’une régularisation.
Jusqu’à quand peut-on faire corriger son décompte ?
Idéalement, 12 à 24 mois avant le départ, pour laisser le temps aux corrections d’être intégrées. Après la liquidation, une révision reste possible mais un délai de prescription de cinq ans s’applique : au-delà, les points antérieurs ne peuvent plus être récupérés. Mieux vaut donc vérifier et corriger avant de liquider.
Comment accéder à mon décompte si j’ai eu plusieurs caisses complémentaires ?
Le portail info-retraite.fr regroupe l’ensemble de vos régimes, y compris vos différentes caisses Agirc-Arrco successives. Via « Mon compte retraite » et FranceConnect, vous retrouvez la totalité de vos points, quels que soient les employeurs et les institutions concernés au fil de la carrière.
Thomas Blanc est le fondateur de Matching Value, cabinet conseil en cession d'entreprise pour les dirigeants de PME et TPE. Basé à Lyon, il accompagne les opérations de transmission sur l'ensemble du territoire français.
Diplômé en finance (IAE Savoie Mont-Blanc), il a exercé pendant dix ans en cabinet d'expertise comptable et juridique avant de fonder Matching Value. Au cours de son parcours, il a accompagné plus de 400 dirigeants sur la gestion, la croissance et la transmission de leur entreprise, dans des secteurs aussi variés que l'industrie, les services B2B, le bâtiment, la santé et le commerce.
Son approche : croiser les méthodes financières reconnues (DCF, multiples sectoriels, approche patrimoniale) avec une analyse qualitative des facteurs qui font réellement varier le prix de cession — dépendance au dirigeant, qualité du portefeuille client, transmissibilité des contrats. L'objectif est de produire une valorisation défendable devant repreneurs, banquiers et conseils, pas un chiffre marketing.
Thomas Blanc intervient également comme formateur et auteur sur les sujets de valorisation et de transmission de PME. Il est joignable au 09 78 28 85 06 ou via son agenda de rendez-vous.
